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LA REFERENCE
depuis 24 ans
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STRATÉGIE RH
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LA"
GUERRE DES TALENTS" ET CE QUE CELA VEUT
EVENTUELLEMENT
DIRE POUR LES ENTREPRISES
Par Gérald BOUHOURD
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Qu’est-ce qui a changé ?
Depuis 2 ou 3 ans, et selon les secteurs d’activité, beaucoup
de choses ont été écrites sur un phénomène
désormais connu sous le terme de « Guerre des Talents »,
et de nombreux titres renommés n’ont pas hésité
à en faire leur Une.
Ce phénomène décrit une situation de rareté
relative de certaines compétences (techniques, managériales
– ou tout simplement d’actifs en âge de travailler dans
certaines géographies) et a commencé à apparaître
dans différentes études sous l’angle du renouvellement
démographique auquel font face de nombreuses nations (les pays
occidentaux mais aussi la Russie, le Japon, et peut-être même
la Chine).
Le raisonnement est simple : les nombreux départs en retraite engendrent
des besoins de renouvellement importants, et malgré les poches
de productivité existantes dans quelques métiers, ils créent
un déficit relatif de compétences sur le marché du
travail.
Cependant, la notion de « Guerre des Talents » décrit
autre chose de plus complexe et peut-être plus important que ce
phénomène de rareté des talents : les entreprises
concurrentes sur un marché économique ou un secteur ont
toujours rivalisé pour attirer les meilleurs talents de leur secteur.
Mais sous le terme « Guerre des Talents », on entend que la
compétition pour attirer les « meilleurs » dépasse
la logique sectorielle, s’étendant au-delà des concurrents
traditionnellement connus au sein d’une activité donnée.
C’est ce que l’on observe avec les ingénieurs en mécanique
de l’automobile qui sont recrutés par les sociétés
de service du secteur des l’énergie, les chefs de chantiers
qui voient les entreprises du BTP et de l’eau rivaliser pour les
attirer, les ingénieurs en géoscience attirés par
certaines banques aux opérateurs pétroliers, et peut-être
bientôt, les laboratoires pharmaceutiques qui vont séduire
les ingénieurs grands comptes travaillant dans les secteurs «
B2B ».
La bataille des talents s’étend donc bien
au-delà des frontières sectorielles, et pour continuer sur
le registre de la guerre, elle voit s’affronter des organisations
qui ont, par construction, des armes différentes pour attirer les
« meilleurs » : styles de vie différents ou perspectives
différentes d’un secteur à un autre, modèle
économique donnant plus ou moins de marge de manœuvre, image
ou « valeurs » différentes selon les activités,
etc.
Au-delà du constat, comment expliquer cette compétition,
désormais transversale aux secteurs ?
• Pour les profils de spécialistes ou de techniciens, les
déficits relatifs de certains domaines (comme l’Energie)
par rapport à d’autres en stagnation (comme l’automobile
dans les régions occidentales) poussent certaines entreprises à
être innovantes en termes de reconversion ;
• Pour les profils managériaux, certaines entreprises privilégient
de plus en plus l’expérience d’un contexte ou d’une
problématique (par exemple avoir déjà travaillé
comme Directeur Financier dans un contexte de LBO) avant même la
connaissance sectorielle.
En quoi la Gestion des Ressources Humaines est-elle impactée
?
Cette compétition trans-sectorielle modifie significativement les
enjeux de la gestion des ressources humaines.
Face à des concurrents issus de contextes différents donc
possédants des arguments différents, la question pour une
entreprise n’est plus de « bien gérer ses ressources
humaines », mais de mieux les gérer que d’autres.
Plus exactement, il s’agit de mieux cerner les armes qui seront
efficaces pour attirer ou fidéliser des types de population qui
ont des attentes spécifiques.
Bien sûr, la rémunération fait partie de ces attentes
donc des armes qu’une entreprise peut employer. Mais on notera que
cette notion d’arme fait écho au concept, plus large, lancé
par les pays anglo-saxons de « Employee Value Proposition »,
soit l’ensemble des éléments qui rendent une entreprise
attractive par rapport aux autres pour une population donnée :
• Valeurs communiquées et vécues par l’entreprise
;
• Style de vie et équilibre vie professionnelle et vie privée
;
• Perspectives de carrières et diversité ;
• Style de management ;
• Capacité à prendre des risques sur les gens ;
• Etc.
Le fait que de plus en plus de profils et savoir-faire soient transférables
ou fongibles d’un secteur à l’autre multiplie les risques/les
opportunités de trouver une entreprise dotée d’une
« Employee Value Proposition » différente. Parfois
meilleure ou moins bonne.
Il devient donc difficile pour une entreprise de savoir si sa gestion
des ressources humaines est compétitive ou non. Et ceci l’est
d’autant plus que ce qui pourrait attirer une population (en termes
de style de management par exemple) n’est pas forcément séduisant
pour une autre.
Une opportunité pour les Directions des Ressources Humaines
?
« Guerre des Talents », « armes différentes »,
populations ayant des attentes spécifiques : tout ceci a forcément
un impact sur les décideurs de la fonction RH.
Puisque nous parlons d’analyse de la compétition et d’attentes
des collaborateurs, nous nous trouvons très proches des problématiques
gérés en marketing. Autrement dit, la fonction RH qui était
traditionnellement plutôt tournée vers l’interne, se
doit désormais de regarder davantage vers l’externe et de
faire rentrer une « connaissance du marché des talents à
l’intérieur de l’entreprise ».
Au début des années 2000, et plutôt poussée
par des éditeurs d’ERP et autres logiciels intégrés,
la mode de l’ERM (« Employee Relationship Management »)
est arrivée aux Etats-Unis, puis très rapidement en Europe.
Les éditeurs des ses logiciels faisaient alors volontairement le
lien avec le marketing et les systèmes de CRM (« Client Relationship
Management »).
Du côté de nombreuses DRH, le constat fut néanmoins
décevant : derrière l’ERM il n’y avait rien
d’autre que des outils pour « pousser » des informations
personnalisées aux collaborateurs (« portail »), ou
la possibilité aux employés de mettre à jour des
informations individuelles les concernant dans le système d’information
de l’entreprise.
Et si cette idée de faire du marketing sur le marché des
talents revenait, cette fois-ci sur des « vrais sujets » ?
Et si le fameux concept de « business partner », cher aux
Directions des Ressources Humaines pouvait être concrétisé
par un nouveau rôle essentiel, celui de faire rentrer le marché
des talents au sein de l’entreprise ?
Bien sûr, l’idée est ambitieuse, et reste peut-être
encore à préciser. Cependant on peut identifier huit questions
« de marketing », plutôt essentielles, et auxquelles
les entreprises devraient pouvoir répondre :
1. Quelle est la taille du marché des talents dont l’entreprise
a besoin ?
2. Où sont ces talents ?
3. Ce marché ou vivier est-il extensible ?
4. Quels sont les facteurs attractifs ou répulsifs aux yeux de
ces talents ?
5. Quels sont les concurrents sur ce marché (au-delà des
concurrents directs et déjà connus) ?
6. Quelles sont les armes des différents concurrents ?
7. Mon entreprise est-elle compétitive ?
8. Mon entreprise doit ou peut-elle devenir plus compétitive ?
Ou doit-elle se focaliser sur d’autres types de talents (principe
de réalité) ?
Des exemples très récents montrent que
ces questions sont essentielles : le cours de bourse d’une entreprise
de services parapétroliers a été chahuté dernièrement
après que l’entreprise ait annoncé des retards dans
la livraison de certains projets stratégiques, dûs à
un manque de main d’œuvre et une incapacité temporaire
à procéder aux recrutements nécessaires.
Une autre entreprise européenne de services a récemment
revu ses prévisions économiques à la baisse, faisant
l’expérience douloureuse que l’augmentation des capacités
de recrutement (le nombre de recruteurs) n’avait pas permis de recruter
un nombre suffisant de nouveaux collaborateurs.
Exemple encore plus révélateur, un groupe de biens de consommation
a récemment déclaré que son seul problème
était de trouver des collaborateurs – et que finalement ce
n’était « qu’un problème de riches ».
Bien sûr, on comprend ce que cette entreprise veut dire : il est
plus agréable de recruter que de restructurer.
Mais s’agit-il réellement d’un « problème
de riches » ?
Alors que d’autres entreprises ou secteurs entiers sont confrontés
à ce phénomène, le constat de rareté des ressources
humaines n’est, à l’instar de ce qu’on dit pour
le manque de ressources financières ou naturelles, ni un «
problème de riches », ni « de pauvres », c’est
un problème tout court.
Le rôle de Directions des Ressources Humaines est donc structurellement
stratégique et, déjà, les Directions Générales
attendent d’elles qu’elles puissent répondre aux 8
questions présentées ci-dessus.
On en voit d’ailleurs les premiers effets, au moins dans quelques
entreprises (tant privées que publiques), sur quelques aspects
:
• En Grande-Bretagne, certains responsables du recrutement ont été
renommés « Personnel Marketing », et ils/elles doivent
être capables de répondre aux fameuses 8 questions.
• En France, la fonction de gestion des cadres dirigeants –
historiquement centrée sur une gestion individuelle administrative
mais confinée, devient une fonction officielle avec pour objectif
affiché de fidéliser les talents.
• Aux Etats-Unis, en Europe et maintenant en Asie (au moins pour
les entreprises occidentales implantées), les dirigeants des entreprises
attendent de leurs consultants en RH, non seulement un apport en méthodologie
ou processus de gestion des ressources humaines mais également
un apport en substance qui leur permettent de répondre aux questions
ci-dessus.
Le concept de « Guerre des Talents » souligne donc un phénomène
de rareté bien spécifique et il va sûrement façonner
un nouvel agenda pour les DRH, fortement orienté vers l’extérieur
de l’entreprise.
1 « Choc démographique » en France ou « Crew
Change » aux Etats-Unis.
2 Et notamment tous les classements en terme de « Employer of Choice
».
3 Voir également les classements des entreprises en termes de «
work-life balance » très en vogues dans les pays anglo-saxons
4 Cf. l’emploi de plus en plus fréquent du terme «
attrition » pour parler de la perte non souhaitée de collaborateurs
– terme initialement utilisé pour qualifier la perte de clients.
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